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21 février 2007

Extraits de lecture


"J'essaie parfois d'imaginer. Sur le coup d'un affront de plus, comme hier, je me dis que là ça suffit, je ne lui donnerai plus signe de vie. La première heure de ma résolution est supportable, cela survient d'habitude le soir, je vais me coucher là-dessus. Mais je ne trouve pas le sommeil , et la journée qui suit d'heure en heure m'écrase. (...) Imaginer la vie sans elle, imaginer le définitivement, je ne peux pas." MA REINE Normand Corbeil éditions Boréal p.8

Quand on lit, on plonge dans un univers qui n'est pas à nous et pourtant chaque fois on se laisse imprégner d'une histoire, on s'attache aux personnages, parfois on se projette aussi et imagine que peut-être dans la vraie il y a un quelqu'un qui aurait pu écrire ses lignes en pensant à nous, à moi.

Je ne suis pas écrivaine mais j'aime les mots, j'aime lire et écrire aussi.

J'aime vivre et la vie me donne de belles histoires à raconter, à inventer, à imaginer, à rêver.

"Quand je l'embrasse (j'allais par un lapsus de merde écrire "quand on l'embrasse", je deviens fou à l'idée qu'un autre le fasse et la prenne comme je le fais), c'est électrique, c'est son mot."p.17

J'imagine que le mien, aussi pourrait devenir fou d'imaginer ma bouche ailleurs que sur la sienne,
qu'il serait déchiré à l'idée de définitivement ne plus voir mes yeux verdir,
qu'il existe et explose de vie parce que NOUS sommes devenus doucement quelque chose...
j'aime les mots.

Et pour ce nous que nous sommes en train de devenir , je n'en trouve pas.

02 février 2007




Ça résonne en dedans comme un enfant qui hurle dans ma bouche à moi
mais personne ne l'entends vraiment.

Je suis là le coeur dans la tête
à tenter de comprendre d'autres trucs
plus urgents
et puis...
BANG!

Ma maman est partie.
j'ai perdu ma maman
et quand on l'a perdu c'est pour toujours.
c'est pas comme les chaussettes,
qui elles reviennent,
qui elles se perdent aussi.

J'ai perdu ma maman.
j'avais six ans.
J'ai six ans là en ce moment.

J'ai peur du noir.
j'ai peur du froid.
j'ai peur de la peine écrite
à la page 10 ou 11
écrite partout sur la page comme si la peine allait m'avaler...

"JE N'AI RIEN PU FAIRE" à la page 13 sur fond noir me donne la nausée.

une nausée,
une plainte,
un silence,
un souffle d'air qu'on laisse aspirer le meilleur dehors pour le faire entre en dedans,
vite.

Je respire.
je suis vivante.
je suis heureuse presque.


C'est juste un livre,
une histoire,
mon histoire
que quelqu'un d'autre a devinée puis dessinée.

29 janvier 2007

D'une Marie à l'autre

Des mots pas à moi mais que je relis avec délice...

dans la suggestion lecture, des extraits...

"Il se penche. Elle se penche. Ils ne ramassent rien d'autres qu'eux- mêmes.
Un baiser plein d'inconfort, balbutiant, trop empli de désirs urgents pour être harmonieux. Dans leur précipitation, leurs dents choquent, et la lèvre un peu tuméfiée, ils s'embrassent en tremblant tellement qu'ils ne finissent plus par se joindre. Ils sont debout, maintenant, à croire que tout le désir s'est réfugié dans leurs bouches, dans cette vibration qui les propulse un vers l'autre, un dans l'autre. Il sent ses mains à elle prendre son dos, descendre contre ses reins, s'y agrippe et le retenir contre elle sauvagement. Trop! Une plainte lui vient, défaillant, soulevé par cette ardeur qui le happe. Et il la boit et la cueille et il tient son cou comme on tient un oiseau, ébloui et il tente de maîtriser la violence qui le projette contre cette bouche offerte et il la reprend et la laisse encore et leur souffle ressemble aux gémissements de la jouissance et il sait et elle sait que quelque chose d'irrémédiable est donné. p.149"

"Ce qu'elle veut... elle ne sait pas, elle a peur. Elle veut son ancienne elle, la Anne qui fonce, défonce, et s'enfuit avant d'être blessée. Elle est atteinte avant même d'être touchée, abandonnée avant d'être prise. Elle voudrait supplier d'avance qu'on l'épargne, qu'il ne lui fasse pas mal. p.151"

"Quelques adieux" Marie Laberge publié chez Boréal 1992

terminé



" Ils firent l'amour maladroitement. Ils tentèrent des choses qui ne livrèrent pas leurs promesses. Ils furent tour à tour beaux et ridicules. Le plaisir ne montra pas son vrai visage non plus et pourtant ils se rappelleraient chaque seconde jusqu'à la fin de leurs jours. Pour Kevin, la porte d'un monde obscur l'éloignant de Dieu venait de s'entrouvrir. Le triangle noir et la chair étrange et désordonnée qui se révélait au dessous évoquaient le monde animal, instinctif et bestial. (...) Le reste du corps lisse et doux d'Alice le troublait au plus profond. Il y avait là une quête qui durerait de nombreuses années. Une réconciliation qui prendrait peut-être toute une vie, entre l'image qu'il avait des femmes, douceur, tendresse, et ce qu'elles dissimulaient d'animal et de farouche(...)" p.140-141


Je l'ai terminé, en le dégustant doucement mot par mot
comme une caresse qu'on voudrait encore plus longue...
C'est lui qui a su mettre en mot ma quête dans La vie La vie,
c'est lui qui cette fois m'étonne de se rendre invisible
derrière ses mots encore mais dans un autre univers que je ne reconnais pas.
Un univers que j'ai apprivoisé puis un personnage que j'ai appris à aimer avec ses failles et ses trous,
avec son désir d'être heureuse sans savoir comment.


"Au fond ce qu'on cherche...dans la vie,
peut-être juste trouver notre place,
se faire un coin pis s'installer,
bâtir quelque chose de nos mains:un décor,
avoir un toit au -dessus de nos têtes,
avoir un toit au-dessus de nos coeurs
un espace protégé,
où on est accepté tel qu'on est
Avec nos côtés sombres et nos côtés lumineux
Avoir une épaule pour poser notre tête,
une main qu'on peut chercher en dessous des draps
des yeux rassurants qui disent:
"j't'e prends ce que tu es tel que tu me l'offres"
ta peur,ton désir, ta peine,ton immense peine, ta confusion,ton amour.
Pour arrêter d'être tout seul deux secondes"
Bourguignon
La vie La vie